L’huile de palme : ange ou démon?

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De plus en plus présente dans notre alimentation-souvent à notre insu-l’huile de palme fait l’objet de nombreuses critiques tant de la part des nutritionnistes que des environnementalistes! Faisons le point…

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Elle est de plus en plus présente dans notre alimentation et ce souvent à notre insu. Comment expliquer cette explosion? Quels sont les avantages pour les acteurs de la filière agroalimentaire? Est-ce bon pour notre santé? Quelles sont les implications en matière environnementale (déforestation, etc.)? Autant de questions souvent posées aujourd’hui…A en croire les uns, elle est parée de toutes les vertus tandis que d’autres n’y voient que des désavantages…ange ou démon?

L’huile de palme, c’est quoi?

Le pamier à huile produit des fruits non comestibles mais très riches en huile, réunis en régimes. A l’ge adulte, un régime mûr pèse, en moyenne, 15 à 20 kg et porte environ 1500 fruits. De ces fruits, on extrait (par extraction à chaud), deux huiles :

* l’huile de palme extraite de la pulpe du fruit, de couleur jaune-orangée à rouge ; elle représente 20 à 25% du poids des régimes frais.

* l’huile de palmiste extraite de l’amande du fruit, de couleur ivoire ; elle représente 3 à 6% du poids des régimes frais.

Contrairement à d’autres plantes qui s’adaptent à diverses conditions climatiques, le palmier ne pousse que dans des conditions bien particulières : là où la température moyenne est de l’ordre de 25 à 30°C et où le taux d’humidité dépasse les 60%. Conséquence : seuls certains pays du Sud (Asie – Afrique centrale et Amérique du Sud) peuvent produire de l’huile de palme…tandis que l’on en consomme dans le monde entier et que la demande est est de plus en plus importante. Et dans certaines régions du monde (Indonésie, Malaysie), certains s’inquiètent aujourd’hui de la déforestation consécutive à cette demande croissante.

La production d’huile dans le monde.

Pour mieux situer la place de l’huile de palme dans le concert des huiles, il n’est sans doute pas inutile de rappeler quelques chiffres relatifs à la production globale d’huiles dans le monde.

Durant la campagne 2009-2010, l’on a produit quelque 169 millions de tonnes de matière grasse dans le monde…dont près de 46 millions de tonnes d’huile de palme! Ces 10 dernières années, tant la production totale d’huile végétale que d’huile de palme a doublé!

Et 7 huiles se taillent près de 80% de la production mondiale : soja – palme et palmiste – colza – tournesol – coton – arachide et coprah.

Certes, la démographie mondiale et la demande toujours plus importante expliquent cette explosion de cette production. Mais si 80% de la production totale est destinée à des applications alimentaires, ce chiffre global cache certaines réalités : 66% par exemple de l’huile de colza produite est destinée aux bio-carburants!

Pour en revenir à l’huile de palme, son utilisation se répartit, en moyenne, comme suit : 59% en Asie – 16% dans l’Union européenne – 11% en Afrique – 14% dans d’autres régions du monde.

Et pour terminer, il n’est sans doute pas inutile de citer un dernier chiffre : en Indonésie, plus de 5 millions de personnes dépendent directement de la culture du palmier à huile.

Pourquoi l’industrie alimentaire est, à ce point, friande d’huile de palme?

L’huile de palme est aujourd’hui omniprésente dans notre alimentation : chips, frites, sauces, plats préparés, produits de la boulangerie et de la ptisserie (biscuits, ptes à tarte, croissants, etc.), ptes à tartiner (dont le leader mondial qu’il est inutile de citer…) et aussi dans de nombreux produits cosmétiques (savons, produits de maquillage, etc.). La question qui se pose : mais pourquoi donc l’industrie est-elle aussi friande de cette huile de palme? Ses avantages sont bien connus :

* Elle a une structure solide à température ambiante et est donc très intéressante dans certaines préparations industrielles : plats préparés par exemple (structure des sauces figées).

* Elle se conserve très bien et est peu sensible au rancissement.

* Elle permet de doter la préparation d’une structure très onctueuse.

* Elle est incolore et d’un goût neutre (désodorisée)

* Elle est souvent présentée comme très riche en vitamines A et E…deux vitamines pourtant détruites à la cuisson…

*…et elle est surtout peu coûteuse tant les rendements en huile de palme sont beaucoup plus élevés que pour les autres huiles : en moyenne 6 tonnes/ha pour l’huile de palme pour 1 tonne/ha pour l’huile de colza.

Est-elle bonne pour notre santé?

Les nutritionnistes sont unanimes : la consommation excessive d’huile de palme est nocive pour notre santé! Son principal défaut : être très riche en acides gras saturés (près de 50%…alors qu’une alimentation équilibrée ne devrait pas nous en apporter plus de 25%!)…ces fameux acides gras saturés qui favorisent la production de « mauvais » cholestérol responsables, entre autres facteurs, des maladies cardiovasculaires. A titre de comparaison, rappelons que l’huile de tournesol n’en renferme que 11% et l’huile de colza 6%.

Mieux vaudrait donc ne pas en consommer trop…mais encore faudrait-il pouvoir le savoir!

Peut-on savoir quels aliments renferment de l’huile de palme?

La réponse est nuancée mais force est de reconnaître que cette présence est souvent difficile à détecter. Trop souvent, les industriels de l’agroalimentaire évitent de nous informer de la nature de l’huile utilisée dans nos aliments préparés. Et ce…en toute légalité puisqu’aucune obligation d’étiquetage n’existe en cette matière!

Que de fois ne voit-on pas un produit vanter clairement la présence d’huile d’olive par exemple…mais passer sous silence la présence de cette huile de palme.

Conformément à la législation, très souvent la seule mention « huile végétale » apparaît dans la liste des ingrédients. Nous voilà bien avancés…consommateurs à la recherche d’une information utile.

Certes, mieux vaut convaincre que contraindre mais l’information adulte des consommateurs passe, à mon avis, par une mention de l’origine botanique des huiles présentes dans les aliments que nous achetons.

En attendant, je ne peux qu’inciter les producteurs à jouer franc-jeu avec leur clientèle et leur fournir volontairement cette information. Assez bizarrement, certains d’entre-eux, surfant sur cette « mauvaise » réputation de l’huile de palme, n’hésitent pas à mentionner sur l’étiquette de leurs produits « sans huile de palme »! Quand le marketing le veut…les techniciens le peuvent!

Une atteinte à l’environnement?

C’est ce que dénoncent souvent les environnementalistes…et, reconnaissons-le, il n’est pas toujours aisé de faire la part des choses.

Depuis quelques année, diverses initiatives ont été prises en la matière tendant, semble-t-il, à trouver un compromis entre production et protection de l’environnement malaysien ou indonésien. C’est ainsi que l’on a vu apparaître, dans ce secteur aussi, la notin d’huile de palme « durable ». Mais reconnaissons que toutes ces démarches sont encore bien vagues à l’heure actuelle.

Si dans certains chartes (on utilise un terme bien difficile à comprendre : « ségréguée »), l’huile de palme certifiée est maintenue séparée tout au long de la chaîne d’approvisionnement, la situation est beaucoup plus floue dans d’autres initiatives.

A une époque où toujours plus de consommateurs sont sensibles à ces paramètres environnementaux et éthiques, producteurs et distributeurs devraient prendre davantage conscience, à mon sens, de l’inétrêt économique de jouer cartes sur table en ce domaine et fournir aux consommateurs les éléments oblectifs de choix en fonction de leurs aspirations bien légitimes.

En conclusion…

Au travers de cet écho, mon intention n’est nullement de réclamer une interdiction totale de l’huile de palme dans notre alimentation. Ce ne serait ni réaliste ni responsable! Néanmoins, la présence de plus en plus fréquente, et souvent à notre insu, de cette huile dans nos aliments doit inciter tous les acteurs à réfléchir à cette réalité du marché. Des critères de composition prévoyant les concentrations maximales permises, une information nutritionnelle et précisant l’origine botanique des huiles ainsi qu’une clarification du concept « durabilité » constitueraient, à mes yeux, quelques démarches utiles tant pour les producteurs que pour les distributeurs responsables…et pour les consommateurs soucieux de savoir ce que renferme leur assiette!

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« Durant 40 ans, j’ai eu la responsabilité de nombreux tests comparatifs, enquêtes,…dans le domaine alimentaire et ai assuré le suivi de ceux-ci tant dans les instances nationales qu’européennes, représenté Test Achats dans les média, milieux scientifiques et assuré les contacts avec les différents acteurs de la chaîne alimentaire. Depuis juin 2011, je suis à la retraite mais souhaite continuer à m’impliquer dans l’information utile et pratique des consommateurs.

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