Les étiquettes alimentaires : anges ou démons?

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S’informer sur l’origine, la composition, la qualité nutritionnelle, la durée de conservation, … cela passe aujourd’hui, le plus souvent, par une lecture attentive des étiquettes. Idéalement, elles doivent être la carte d’identité du produit. Mais pouvons-nous leur faire confiance? Est-ce une source réelle d’informations utiles ou plutôt un support publicitaire? Est – ce compréhensible pour la plupart d’entre – nous? Je vous propose, dans les semaines à venir, d’aborder les différentes mentions que l’on peut retrouver sur ces étiquettes, de vous aider, au travers d’exemples concrets, à mieux les comprendre et ainsi ne pas être le « dindon de la farce ». N’hésitez surtout pas à me faire part de vos expériences personnelles ou encore de me poser les questions qui vous interpellent. Dans la mesure du possible, j’essaierai d’y répondre. Pour commencer, parlons 1. de la taille des mentions d’étiquetage – 2. des illustrations et mentions, parfois, très alléchantes. 

  • Lire les étiquettes? Oui, mais sont-elles toujours lisibles?

La législation est assez précise : « Les informations obligatoires sur les denrées alimentaires doivent être facilement visibles et clairement lisibles. La hauteur MINIMALE des caractères doit être égale ou supérieure à 1,2 mm. Dans le cas d’emballages dont la face la plus grande a une surface inférieure à 80 cm2 [une barre de chocolat, par exemple], la hauteur doit être égale ou supérieure à 0,9 mm. »
Cela peut paraître surréaliste, mais, croyez-moi, cette disposition a fait l’objet de nombreuses et longues négociations.  Qui ne s’est jamais dit qu’une loupe serait bien utile pour décrypter la liste des ingrédients ou la composition nutritionnelle ? Reconnaissons-le : les fabricants pourraient nous rendre la vie plus facile ! Trop souvent, cette taille minimale de 1,2 mm est considérée comme maximale. La difficulté ne s’arrête malheureusement pas là : la couleur utilisée (par exemple des lettres blanches sur un fond jaune) complique encore la lecture. Si vous estimez qu’il vous est bien difficile, pour ne pas dire impossible de décrypter une étiquette, n’hésitez pas à contacter le service consommateurs du fabricant ou du distributeur et à lui faire part du désagrément. Une réaction massive des consommateurs peut les inciter à améliorer cet aspect des choses.

  • Méfiez-vous des illustrations et mentions alléchantes!

Avouons-le : qui ne s’est jamais laissé tenter par une illustration alléchante ? Une croquette de crevettes débordant de crevettes, un yaourt « aux fraises » plein de fruits ou un potage renfermant de « nombreuses » boulettes… Les professionnels du marketing l’ont bien compris. Ils ont fait du célèbre slogan d’un hebdomadaire, « Le poids des mots, le choc des photos », leur outil de travail. Certes, la législation est précise : lorsqu’un emballage met en évidence un ingrédient sous la forme d’une illustration ou d’une mention, le pourcentage de cet ingrédient doit être mentionné dans la liste des ingrédients. Mais pressés par le temps, nous sommes pourtant nombreux à ne faire confiance qu’à la face principale de l’emballage.  Et pourtant…voulez-vous quelques exemples ? Un pot de yaourt (avec de belles fraises mises en avant) se dit « yaourt à 20 % de préparation de fruits – avec petits morceaux de fruits ». Dans la liste des ingrédients, on lit « fraises : 6 % ». Sachant qu’une fraise pèse, en moyenne, 10 grammes, ce pot de 150 grammes ne renferme même pas UNE fraise ! Autre exemple : une boîte de potage aux boulettes vous propose une assiette fumante dans laquelle baignent de nombreuses boulettes. En y regardant d’un peu plus près, on apprend qu’il s’agit du nombre de boulettes présentes dans la boîte… et non pas par assiette ! La démarche est bien connue : mettre en évidence les ingrédients nobles. Affirmer qu’un aliment est préparé « à l’huile d’olive » est porteur. Il n’est pourtant pas rare de constater qu’il renferme bien plus d’huile de soja ou de tournesol que d’huile d’olive.
Deux autres techniques sont aussi souvent utilisées pour nous attirer : la référence à une production « artisanale » et l’origine géographique. Très logiquement,
ce qui est « artisanal » est forcément plus « naturel » et plus « sain ». Détrompez-vous pourtant. La confiture « de tante Joséphine » ou le potage « secret de grand-mère » renferme bien des ingrédients et additifs qu’ignoraient nos grands-parents ! Tout comme cette « salade au crabe king artisanale » qui contient bien plus de surimi (cette imitation de crabe) et d’arôme de crabe que de crabe… Ce que vous ne pouvez apprendre qu’en lisant la liste des ingrédients. Peut-on parler d’infraction ? Pas vraiment, dans la mesure où de tels paradoxes ne sont le résultat que d’un vide juridique quasi généralisé. En Belgique, seul le jambon cuit « artisanal » doit répondre à des exigences de composition plus contraignantes. La France, par contre, a davantage balisé l’utilisation des termes « campagne », « fermier », « paysan », « artisanal », « à l’ancienne », « traditionnel » et « maison » ou « fait maison ».
Un mot enfin sur l’origine prétendue de certains aliments (pizza, tiramisu, paella, pesto, etc.) : ceux-ci suggèrent, rien que par leur nom, qu’ils proviennent d’un pays ou d’une région donnée. Ils constituent souvent des arguments de vente efficaces. Mais ouvrez l’œil : des antipasti arborant fièrement les couleurs italiennes pourraient être fabriqués en Suisse ou un « jambon cru italien » provenir de France. Parfois même, certains aliments font tout pour vous faire croire qu’ils sont ce qu’ils ne sont pas ! Par exemple, un fromage qui, par les couleurs, le graphisme et la marque utilisés ne peut vous convaincre que d’une seule chose : il s’agit de feta. Rien de tout cela, pourtant, puisqu’en lisant attentivement l’étiquette, vous apprendrez qu’il s’agissait d’un fromage à base de lait de vache et non de brebis. Soyons clairs : ces astuces d’étiquetage ne sont nullement synonymes d’une qualité médiocre, mais bien d’une volonté d’influencer notre acte d’achat. À nous d’y être attentifs en lisant attentivement tant la liste des ingrédients que le lieu de fabrication.

Suite au prochain épisode…

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